Que le sexe ça soit réel, cela ne fait pas le moindre doute. Et sa structure même, c’est le duel, le nombre deux. Quoi qu’on en pense, il n’y en a que deux, les hommes, les femmes, dit-on, et on s’obstine à y ajouter les Auvergnats! C’est une erreur. Au niveau du réel, il n’y a pas d’Auvergnats.
J. Lacan, Le savoir du psychanalyste, 4 mai 1972.
Le titre du colloque, « Masculin-féminin », évoque immédiatement le réel de la différence sexuelle. Quel poids donner à l’aphorisme de Freud : « L’anatomie, c’est le destin »? La différence des sexes se résume-t-elle à la possession ou non d’un organe? Non, bien sûr: la clinique des transsexuels en témoigne. Cette sentence renvoie bien plutôt au tout-phallique de la freudienne.
Mais le réel de la biologie, alors? Car enfin, la différence des sexes est réelle, elle est inscrite dans le corps. Mais si le gène SRY fait que je suis homme, cela ne signifie pas pour autant que je me sente homme... Faut-il prendre appui sur certaines théories féministes qui prétendent que la différence des sexes est un réel organique qui pose l’existence d’une libido strictement féminine, nettoyée à tout jamais du phallus ? Devons-nous nous tourner vers les gender studies selon lesquels l’identité sexuelle est déterminée socialement et culturellement?
Faut-il tomber dans la queer attitude qui veut que chacun peut se proclamer femme aujourd’hui, homme demain, selon le rôle sexuel qu’il se choisit en toute liberté, indépendamment des déterminismes anatomiques, sociaux, culturels?
Sur fond de théorie de la bisexualité, Freud se réfère au complexe d’OEdipe et au complexe de castration pour rendre compte de la différence sexuelle. Et c’est par identification que l’on devient homme ou femme. On sait bien que Freud présente la femme uniquement en termes phalliques, les féministes n’ont pas cessé de le lui reprocher.
Lacan définit la féminité et la virilité à partir de ce que femmes et hommes ont en commun: le rapport au phallus, en tant qu’il est le signifiant de la différence des sexes. L’homme n’est pas sans avoir le phallus. La femme, à défaut de l’avoir, n’est pas sans être le phallus.
Plus tard, il définira la différence des sexes par rapport au réel de la jouissance. Les positions masculine et féminine se caractérisent par la jouissance phallique, mais à la position féminine s’ajoute la jouissance Autre, jouissance féminine supplémentaire à différencier de la jouissance psychotique.
A l’horizon de cette différence, il y a le non-rapport sexuel: il n’existe pas d’écriture qui rende compte de la relation entre un homme et une femme. Cela apparaît dans l’amour, qui supplée au non-rapport sexuel: du côté homme, la jouissance est fétichiste; du côté femme, elle est érotomaniaque. Jamais l’homme et la femme ne se rejoignent... Si la femme partenaire d’un homme est un symptôme, l’homme peut être un ravage pour la femme...
Michel Coddens, Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien
Ce colloque est organisé par les associations suivantes:
Forum du Champ Lacanien du Brabant (Belgique) - Av. Huart Hamoir, 134 - 1030 Bruxelles - Belgique Contact site - Contact Forum